A propos de "Les liaisons dangereuses", de Stefan Frears, proposé et présenté à la Cinémathèque le 7 décembre 2009 par les élèves en section Cinéma et Audiovisuel du lycée Balzac de Tours.

LE POINT DE VUE

Une des caractéristiques du roman est la multiplicité des points de vue des personnages à travers leur lettre. Un des enjeux de l’adaptation cinématographique sera de rendre compte de cette polyphonie ainsi que des sous entendus du langage des libertins dans le roman, en image de façon implicite.

1.

Dans le film, la caméra est très mobile et suit les personnages, ce sont eux qui introduisent le spectateur dans les espaces, c’est en les suivant qu’il les découvre.
Cela permet de jouer avec la connaissance du spectateur et les intentions des personnages -caractéristique des films de suspens- Ainsi quand la caméra suit Valmont dans le salon de Mme de Rosemonde, le spectateur connaît le projet de Valmont et partage avec lui et à l’insu des autres le plaisir de jouer et de duper. La caméra accompagne son jeu de courbes mobiles dans cet espace figé créant une distance entre la scène proprement dite et celle que recompose Valmont pour accéder à Cécile à l’insu des autres.

La caméra adopte donc parfois le point de vue des libertins. Le spectateur est invité comme lui à jouer avec la naïveté des autres personnages. La caméra décrit l’espace et la place occupée par les personnages ainsi que le jeu du libertin évoluant dans cet espace en y respectant les règles en apparence pour mieux satisfaire son plaisir en secret. C’est une obligation de la communication libertine, non-verbale, qui se fait à l’insu des autres personnages, et sous les yeux du spectateur. La séduction de Cécile est annoncée et programmée sous les yeux du spectateur, qui assistera par la suite à la conquête du libertin, traitée comme une intrigue à suspens. Chaque nouvelle étape est un défi dont la réussite dépend de la maîtrise de soi et des circonstances, comme le montre la séquence de la clé.

À l’inverse, le film fait aussi partager le point de vue des innocentes victimes. Lorsque Mme de Tourvel, se rendant chez Valmont, le surprend avec une autre femme, la caméra place le spectateur dans le point de vue de la victime du jeu cruel et immoral du couple libertin. La mort de Madame de Tourvel s’offre comme une scène pathétique qui cherche à renverser le plaisir pris au jeu libertin.

2.

Le film retranscrit également les sous entendus qui font partie des codes du libertinage. Outre les sous entendus littéraires présent dans les dialogues, le libertinage est mis en scène par un jeu de regards.
Ce jeu de regard traduit la complicité entre les libertins comme par exemple entre Merteuil et Valmont à l’insu de Cécile. Ce jeu de regards dans lequel le spectateur est invité à entrer traduit la complicité et le goût de la domination du libertin. Mais quand la rivalité s’installe entre eux, la guerre est filmée en champ contre champ rendant le spectateur extérieur à toute complicité et donc davantage en position de juger.

La mise en scène des lieux libertins les présentent dans une complète intimité, ce qui donne à voir ce que le désir cherche le plus à obtenir. Les scènes intimes où les lettres s’écrivent sur le dos du partenaire sont filmée dans des espaces clos renvoyant le spectateur à la seule expression de la volupté, toute la problématique morale est laissée en dehors. C’est le double triomphe du libertin : sur les corps et sur les esprits.


La caméra est donc utilisée comme une nouvelle forme d’exploitation de l’expression libertine, en rendant compte des différents points de vues, ce qui permet de donner avoir l’effet qu’ils produisent sur la société. Frears cherche à donner à voir et à sentir le plaisir libertin le plus possible pour rendre le scandale plus complet.


Emile Cerf & Alexis Masson